(ab)surdité

Tout de suite je pense un naufrage.

Je pense la Guerre et la Paix.

Je pense Tolstoï.

Oui, c’est ça, Tolstoï.

 

Je me rappelle l’ancien ordre en Russie, une aristocratie inquiète qui sent sa fin arriver avec le soulèvement des paysans. Une classe dirigeante qui ne parvient plus à maintenir l’ordre ancien et qui sombre. Tout le livre est basé sur ce processus littéraire où la tête de l’état tout  en étant en action, en continuant de remplir ses tâches par tradition, se demande pourtant  « à quoi sert-on au juste ? Sommes nous encore utiles ? » évidemment non… Les paysans n’ont plus besoin des aristos pour se défendre et c’est comme ça qu’ils prennent conscience de leur existence factice. Tolstoï est en cela un grand écrivain car tous ses romans sont pris dans cette démarche qui se résume à montrer les étapes de dissolution d’un pouvoir et les symptômes profonds qui agitent ses éléments à l’approche de sa chute. 


En songeant au « Roman », j’ai pensé à Tolstoï oui. Parce que d’un côté, une société sourde et aveugle continue de jouir de ses privilèges dans une parfaite surdité, dans une atmosphère d’indifférence délirante tandis, qu’à sa porte, une guerre inévitable va les ensevelir. 


Il semble que j’agis comme un révélateur ce pourquoi mon discours est si détonnant à l’oreille des sourds : il semble que je suis une sorte de grain de vérité lâché sur une planète de pacotilles 


Nous vivons au cœur du mensonge. Nous refusons la réalité, nous préférons l’imaginer en rêve guidé par un principe de plaisir. Regarder le monde en face est pourtant une nécessité et le regarder tel qu’il est. Voilà pourquoi d’emblée le « Roman » sera ravalé. Et ce sera un bon signe. 


Le décalage croissant entre la puissance technique et le progrès moral finira par le rejeter totalement : il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Dans le chapitre du processus d’ensauvagement  de Thérèse Delpech (Le retour de la barbarie au XXIe siècle, chez grasset),  émerge une sévère mise en garde : « Les pays de droits acquis, qui ne se battent que pour défendre des positions conservatrices, finiront par être balayés. »

 


Le poids du péché augmente au fur et à mesure que l’être humain avance dans l’Histoire.


« L’histoire moderne est semblable à un sourd qui répondrait à une question que personne ne pose. »
Par cette phrase, extraite de Guerre et Paix de Tolstoï,  l’auteur annonce l’essentiel de son projet : l’analyse de la surdité humaine : « Une sauvage indifférence aux êtres humains, telle est la plus importante régression du XXe siècle . »

 

Sauf exception, comme ce fut le cas pour le tsunami de Noël 2004, catastrophe naturelle relayée par une abondante couverture médiatique, se pose l’idée que les esprits et les gouvernements sont indifférents, car entre l’Homme et l’Histoire, il n’y a qu’un dialogue de sourd avec comme H commun aspiré devenant presque muet.

 

Pourquoi ?  Parce que les hommes et ceux qui les représentent ne savent plus distinguer le juste de l’injuste, le beau du laid ou le bien du mal. Cette confusion des valeurs entraîne, dans tous les domaines, des dégâts sans nom, et en politique, elle est dévastatrice.

 

Ouvrons les yeux, ou plutôt braquons  le télescope d’Arthur Schopenhauer et examinons ce retour à la sauvagerie qui devrait indigner, scandaliser, faire tomber à genoux et, pourtant, devant lequel l’homme n’éprouve qu’une lassitude blasée.

 Enfin, analyser le présent et prédire, sans divination ni magie.

 

N.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :