D’écriture et de mémoire

 

© UnitedNoy

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En guise d’avant propos, quelques considérations sur le genre du roman et la part de l’émotif…

La construction du roman est généralement axée sur les perturbations subies d’un état initial vers un état nouveau. Montrer les mouvements qui mènent d’un état à l’autre est une des fonctions du roman. Sa réussite fait souvent de grands romans. Hélas, les exemples sont rares !

Autrement dit, plus encore que relater la chronologie des faits, je dois saisir mes différents états d’âme, à chaque période : ressentir dans mes tripes mes perturbations psychiques afin que la trame du roman soit mon évolution interne. Réfléchir à l’impact personnel qu’ont eu sur moi les évènements. Cet impératif évitera le roman fallacieux. Cela implique énormément de courage puisqu’il faudra mettre réellement ma peau sur la table d’opération : ce sera une écriture de sang, d’organes de pisse et de merde car rien n’est plus authentique.

Les évènements ne seront là que pour servir mon « je » et mon  » jeu » et là, pas de tricherie. Car, voilà la liberté unique qu’offre le genre du roman : une liberté de style, de forme, de ton d’idées sans craindre de sortir de l’exactitude que réclame l’histoire officielle.

Une des originalités de l’entreprise romanesque de Céline disait Godard est « de ne pas s’attacher à tel épisode, à telle aventure pour en tirer chaque fois la matière d’un roman, mais de donner au lecteur le sentiment qu’il restitue dans leur enchaînement les expériences les plus marquantes d’une vie. »

Autrement dit, Céline se distinguerait par sa faculté de se détacher de la matière romanesque pour mieux se concentrer sur son rapport au lecteur, un lecteur qu’il associerait à la reconstitution du puzzle de sa mémoire. En effet, il présente des pièces détachées, éparpillées…

« Je dirai tout […] et je vous rendrai plus subtilement lâches et plus immondes encore, si et tant que vous en crèverez peut-être, enfin. »

Jouer avec le lecteur : dénoncer par le biais d’une voix fictive, sans jamais prendre parti, sans proposer de mode d’action particulier.

En démarrant par « c’est un roman, rien qu’une histoire fictive » on se dédouane de toute responsabilité autobiographique. Pourtant, il est fort à parier, et si le boulot a été bien fait, qu’il y aura une forte empreinte biographique. Le travail d’orfèvre c’est d’imiter le roman, sa structuration mimétique mais de ne jamais en être dupe. c’est tout bonnement ne pas oublier son cache-sexe avant d’entrer au bain. une pudeur esthétique certes désuète… mais nécessaire pour ne pas tomber dans le genre de la trashgribouilleuse

Je propose de laisser sa part du travail au lecteur si lui venait l’idée de dissocier le réel de la fiction.

Une idée : alterner les instants de sommeil, les moments d’insomnie et les périodes de cauchemar et de délire. Le sommeil est intimement lié à la présence d’une figure rassurante, car  » il est impossible de dormir seul… » Quand aux insomnies, elles sont provoquées par une absence de confiance dans la nature humaine « Il ne m’arrivait plus jamais à moi de dormir complètement. J’avais perdu comme l’habitude de cette confiance, celle qu’il faut bien avoir, réellement immense pour s’endormir complètement parmi les hommes. » Pour ce qui est des cauchemars, ils prennent la forme de la guerre et de la maladie « ces deux infinis du cauchemar »  » véritables réalisations de nos profonds tempéraments. »

Le roman découvre ainsi les forces et les injustices qui transforme notre narrateur en une chouette qui hulule à tout va. Il vole d’une misère à l’autre, d’un évènement historique à un autre, d’une ombre lunaire à une illusion fantastique, et finit par tourner en rond.

J’imagine un espace circulaire délimité par le style où les mots seront faits matière : « j’avais beau essayé de me perdre pour ne plus me retrouver devant ma vie, je la retrouvais partout simplement. Je revenais sur moi-même […] le monde était refermé ! »

Une question que je me pose : Comment faire correspondre l’espace de l’écriture à l’espace de la mémoire d’une vie et de mon imaginaire ?

« On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire. »

« Faudra raconter tout sans changer un mot, de ce qu’on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis descendre. ça suffit comme boulot pour une vie entière. »

 

Les premières turbulences…
N.

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